mercredi 8 novembre 2017

LA MAURITANIE PEINE À ERADIQUER L’ESCLAVAGE



Bien qu’en 1981 la Mauritanie soit devenue l’un des derniers pays au monde à abolir l’esclavage, cette pratique toucherait encore des milliers de personnes. En 2014, l'ONG Walk Free classait la Mauritanie en tête des pays où la proportion de personnes réduite en esclavage était la plus élevée.

UNE PRATIQUE QUI PERDURE

 


Malgré son abolition, l’esclavage traditionnel (les enfants nés d’une mère esclave héritent de sa condition) reste répandu dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Cette pratique touche principalement les Haratines (descendants d’affranchis noirs africains, 40 % de la population). Ces derniers conservent leur statut d’esclave et, à ce titre, sont toujours considérés comme étant inférieurs à leurs maîtres, issus quant à eux de la communauté maure (descendants des conquérants arabo-berbères, 30 % de la population).
Depuis 2012, l’esclavage est considéré comme un crime contre l’humanité en Mauritanie.
Le dernier rapport annuel d’Amnesty International mentionne qu’en mai 2016 un tribunal spécial contre l’esclavage s’est ouvert à Nema. Alors que deux esclavagistes étaient respectivement condamnés à un an et quatre ans de prison avec sursis, le président Mohamed Ould Abdel Aziz continuait à nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie et appelait les Haratines à avoir moins d’enfants afin de faire disparaître les séquelles de l’esclavage et combattre la pauvreté.
Si en août 2015, une nouvelle loi antiesclavagiste a été adoptée (la peine d’emprisonnement pour le crime d’esclavage passe alors de 10 à 20 ans), les principales organisations mauritaniennes de lutte contre l’esclavage (El Hor, SOS Esclaves et IRA-Mauritanie) accusent cependant les autorités d’étouffer les plaintes des victimes et font état d’une véritable chasse aux militants abolitionnistes.

DES MILITANTS ANTI ESCLAVAGISTES PERSÉCUTÉS


Biram Dah Abeid, farouche opposant au régime de Mohamed Ould Abdel Aziz (arrivé au pouvoir en 2008 par un coup d’Etat) combat depuis plus de trente ans l’esclavage dans son pays. En 2008, il fonde l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) afin de lutter contre ce fléau. Malgré la demande de reconnaissance officielle du mouvement, introduite en juin 2010, cette dernière n’a toujours pas été acceptée.
En 2013, Biram Dah Abeid reçoit le prix des Nations unies des droits de l’homme pour sa lutte contre le trafic d’êtres humains, combat pour lequel il sera emprisonné à plusieurs reprises.
En novembre 2016, Amnesty International a pris la défense de 13 militants de l’IRA, condamnés à des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 15 années au cours d’un procès « entaché d’irrégularités et d’allégations de torture qui n’ont pas donné lieu à une enquête ». Ces 13 militants d’IRA-Mauritanie ont été considérés par Amnesty comme des prisonniers d’opinion. À ce jour, deux d’entre eux, Moussa Biram et Abdala Matala, sont toujours emprisonnés. Ces derniers portent des marques visibles de torture.

DES DISCRIMINATIONS RACIALES

L’esclavage découle d’un système discriminatoire basé sur la couleur de peau.
Le rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, présent en Mauritanie en avril 2016, a souligné que les Haratines et les Négro-Mauritaniens (environ 70 % de la population) étaient absents de pratiquement toutes les positions de pouvoir et exclus de nombreux aspects de la vie économique et sociale, notamment à travers l’impossibilité pour eux d’obtenir une carte d’identité nationale.



ESCLAVAGE MODERNE ET TRAVAIL FORCE

Exploitant la pauvreté extrême dans laquelle la majeure partie des Mauritaniens continue de vivre, des entreprises multinationales et des sociétés locales font miroiter la promesse d’un travail et d’un salaire décent dans des secteurs comme le travail domestique, la construction, la pêche ou l’agriculture (en Mauritanie mais également dans les pays du Golfe avec lesquels des partenariats ont été établis). Ces emplois sont régulièrement exercés sous la contrainte et dans des conditions qui violent l’ensemble des traités internationaux portant sur le respect des travailleurs, que la Mauritanie a pourtant ratifiés.

EN SAVOIR PLUS


Ce documentaire de 18 minutes est le fruit de deux voyages effectués en Mauritanie. Il a été réalisé en partie de façon clandestine afin de ne pas menacer l’intégrité physique des personnes rencontrées et de ne pas soulever l’attention des autorités mauritaniennes, ces dernières ayant refusé d’accorder à Equal Times les permis de tournage nécessaires pour pouvoir enquêter librement dans le pays.


Alors qu’elle enquêtait sur l’esclavage, Marie Foray, juriste française, est déclarée persona non grata par les autorités mauritaniennes et sommée de quitter le territoire.



CONFÉRENCE À TOULOUSE LE 18 NOVEMBRE


Une conférence en présence de Biram Dah Abeid aura lieu 

le samedi 18 novembre de 14h à 18h.

Salle polyvalente municipale,
18 Grande rue Saint Michel

31400 TOULOUSE

(M° Saint-Michel Marcel Langer, ligne B)

 Intervenants : 

  • Biram Dah Abeid, président d'IRA Mauritanie, militant des droits de l'homme, figure emblématique de la lutte contre l'esclavage en Mauritanie, en tournée de sensibilisation en Europe. Il a fondé en 2008 l'Initiative pour la Résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). Emprisonné à plusieurs reprises, il a reçu en 2013 le prix des droits de l'homme des Nations unies.
  • Jean-Marc Pelenc, Président d'IRA France

  • Aziz Ahammout, responsable de projets à Ressources Humaines Sans Frontières (RHSF)

S'ensuivra la projection/débat autour du documentaire d'Equal Times.

Amnesty International tiendra un stand d'information et proposera des actions.



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