samedi 9 septembre 2017

MYANMAR : LES ROHINGYAS PRIS AU PIEGE




Le 25 août, des militants Rohingyas ont attaqué des forces de sécurité dans l’Etat l’Arakan. Après ces attaques qui ont fait au moins 32 morts, Amnesty International reçu des nombreux témoignages sur les violences très répandues entre l’armée du Myanmar et des militants Rohingyas.

Selon le gouvernement du Myanmar, au moins 109 personnes auraient tuées dans ces affrontements, en majorité des militants mais aussi des membres des forces de sécurité et des civils. Ces attaques marquent une dangereuse escalade de la violence et mettent en danger les habitants de l'État d'Arakan, sachant que les tensions ont atteint un point critique dans la région récemment.

DES MILLIERS DE CIVILS QUI TENTENT DE FUIR

Le 30 août, l’Organisation internationale pour les migrations a déclaré que plus de 18.000 Rohingyas ont fui au Bangladesh pour se mettre en sécurité.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni le même jour pour traiter de la situation alarmante en Arakan, mais aucune résolution n’a été prise en raison des divergences politiques au sein des membres permanents.  En dépit de l’urgence humanitaire, la police du Bangladesh a repoussé des centaines de civils à la frontière.


2016 - 2017 : LE CALVAIRE SE RÉPÈTE ?

Il est à craindre de voir se répéter les représailles menées par l'armée en 2016 en réaction à une attaque similaire. Les forces de sécurité avaient alors torturé, tué et violé des Rohingyas, et incendié des villages entiers.

Le gouvernement est tenu de protéger les citoyens, et doit faire la différence entre civils et membres des groupes armés. Ce qui n’était pas le cas en 2016 et ce qui semble n’être toujours pas le cas cette année.

Pour éviter cette escalade de violences et garantir la justice pour tous, les parties en conflit doivent de toute urgence :


  • faire preuve de la plus grande retenue et à veiller à ce que les simples citoyens soient protégés contre les violations des droits humains et les atteintes à ces droits
  • mener sur ces actes criminels une enquête approfondie et efficace, dans les meilleurs délais et dans le respect des normes internationales relatives aux droits humains. Toutes les poursuites engagées doivent respecter les normes d'équité des procès, excluant tout recours à la peine de mort.


Le gouvernement du Myanmar doit déployer tous les efforts possibles pour remédier à la discrimination durable et systématique qui règne dans l'État d'Arakan et prend les habitants au piège d’un cycle de violence et de destruction. À titre de première mesure, les autorités doivent commencer par mettre en œuvre les recommandations formulées dans le récent rapport de la Commission consultative sur l'État d'Arakan.

Le gouvernement du Myanmar doit également coopérer avec et garantir l’accès de la mission d’établissement de faits mise en place par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

QUI SONT LES ROHINGYAS ?

« Les Rohingyas sont une minorité musulmane de Birmanie, vivant dans l’État de l’Arakan, l’un des États les plus pauvres du pays. On estime leur nombre à 1 million sur une population de 3 millions de personnes dans l’Arakan.

Pour les Arakanais, et la majorité des Birmans, les Rohingyas sont des migrants illégaux désignés par le terme « Bengalis ». L’ancien royaume de l’Arakan, où vivaient bouddhistes et musulmans, a été englobé dans le Raj britannique au XVIIIe siècle. Sur ce territoire à cheval entre le Bangladesh et la Birmanie actuels, le colonisateur britannique a dessiné une frontière en 1937, date à laquelle la Birmanie a été séparée de l’Inde.
Ils y sont perçus comme des « accapareurs de terre », selon The Straits Times de Singapour, voire comme « de simples insectes à éliminer », comme l’écrit sans détour The Daily Star, le quotidien du Bangladesh. « Ils n’ont aucun droit, ni citoyenneté, ni protection », poursuit The Daily Star, depuis la loi sur la nationalité de 1982, adoptée par la junte militaire qui a dirigé la Birmanie (Myanmar) avec brutalité de 1962 à 2011.

Dans les années 1970 et 1990, l’armée birmane a mené plusieurs actions militaires pour pousser les musulmans vers le Bangladesh voisin. L’un des prétextes à ces opérations a été l’afflux de réfugiés venant du Bangladesh au moment de la guerre d’indépendance du pays, en 1971 ».

QUELLE EST LA RAISON DU REGAIN DE TENSION ACTUEL ?

« Le 25 août, des membres de l’Armée de secours des Rohingyas de l’Arakan (Asra) ont attaqué des postes-frontières de la région. À la suite de ces violences, les Rohingyas ont subi les représailles de l’armée birmane, contraignant des milliers d’entre eux à fuir vers le Bangladesh voisin. Plus de 100 000 personnes ont traversé la frontière pour se protéger des opérations des autorités birmanes.

La zone des combats est sous contrôle militaire. La conseillère d’État, Aung San Suu Kyi, a certes refusé jusque-là l’instauration d’un état d’urgence en Arakan malgré l’insistance des autorités militaires et des partis arakanais. Mais elle ne contrôle pas l’appareil militaire. La Constitution rédigée par la junte avant la démocratisation du pays garantit à l’armée les ministères clés de l’Armée, de l’Intérieur et des Frontières, ainsi qu’un quart des sièges au Parlement »

Source : Courrier International - 08/09/2017


En savoir plus : Le Myanmar dans le rapport annuel d'Amnesty International 2016-2017



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