mardi 11 octobre 2016

ACCUEIL DES REFUGIES : LA FRANCE A BESOIN DE VRAIES SOLUTIONS, PAS DE DEMAGOGIE !




Depuis plusieurs semaines, certaines personnalités politiques nationales ou locales s’expriment pour refuser l’accueil de réfugiés et de migrants et prônent des mesures en ce sens. 
Comme souvent dans un contexte pré-électoral, elles cèdent à la démagogie et, croyant répondre aux craintes des citoyens, transforment en boucs émissaires des personnes qui fuient la guerre et de très graves violations des droits humains.
Ces réactions ont pris particulièrement de l’ampleur avec l’annonce par le gouvernement français dun plan d’évacuation du campement de Calais où seraient présentes près de 10 000 personnes  réfugiées ou migrantes, dont plusieurs centaines d’enfants séparés de leurs parents. Les autorités françaises envisagent ainsi d’héberger les personnes évacuées de Calais dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO) répartis sur le territoire en fonction des capacités disponibles.
En parallèle, la France accueille des personnes réfugiées dans le cadre du dispositif de relocalisation adopté par les États membres de l’Union européenne en septembre 2015. De même, depuis le début de l’année 2014, près de 2 000 personnes particulièrement vulnérables ont bénéficié d’un programme de réinstallation en France depuis leur premier pays d’accueil : il s’agit principalement de Syriens, en provenance du Liban, de Jordanie, d’Égypte ou de Turquie. D’autres personnes, dans des situations identiques devraient continuer d’être accueillies au cours des prochains mois.
Ces mesures répondent à un contexte mondial exceptionnel : le monde connaît sa plus grave crise de la protection des réfugiés depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Plus de 21 millions de personnes n’ont eu d’autre choix que de fuir leur pays. Chercher refuge est le dernier droit à leur disposition pour rester en vie, vivre dans des conditions dignes, envisager un avenir.
Dans ce contexte, il est urgent de rappeler que :
1. Les responsables politiques ont le devoir de tenir un discours responsable :
Nous attendons des responsables politiques  qu’ils ne travestissent pas la réalité. L’inquiétude ou l’incompréhension d’une partie de l’opinion publique face à la question des réfugiés exige une réponse éclairée de la part des femmes et hommes politiques français, et l’adoption d’un discours responsable.
Il n’y a pas "d’appel d’air"  pour les réfugiés qui sont au contraire «poussés à fuir». Personne ne risque sa vie pour se retrouver dans un camp sordide en Europe.
En moyenne, depuis que les Centres d’accueil et d’orientation ont été ouverts par le gouvernement, près de 80% des personnes en provenance du Calaisis ont déposé une demande d’asile.
La part de celles et ceux qui ont bénéficié d’une protection internationale à l’issue de l’examen de leur demande d’asile représente le double de la moyenne nationale. Ces éléments démontrent à l’évidence que ces personnes fuient la guerre et la persécution et risquent leur vie pour être protégées. Leur offrir un toit est une réponse plus digne que de les laisser dans des abris insalubres.
Il n’y a pas non plus un «afflux massif» vers la France.  86% des réfugiés dans le monde sont actuellement dans des pays  en développement. Dix d’entre eux  accueillent à eux seuls plus de la moitié des réfugiés dans le monde. Le Liban, pays de 4 millions d’habitants, accueille ainsi depuis le début du conflit en Syrie plus d’un million de personnes soit près du  quart de sa population.
En 2015, les 28 États membres de l’Union européenne – 500 millions d’habitants - ont pour leur part accueilli 1 million de demandeurs d’asile. 

2. Les responsables politiques sont tenus de veiller au respect des droits des réfugiés 
Conformément au droit international et européen, la France doit assurer un accueil digne pour les demandeurs d’asile sur son territoire. Les autorités françaises, du national au local, sont tenues par conséquent de veiller au respect et à la protection de leurs droits.
Il incombe donc aux responsables politiques de rechercher des solutions concrètes pour assurer le respect de ces droits.
Ainsi, le projet annoncé par le gouvernement pour la mise à l’abri dans des centres d’accueil et d’orientation des réfugiés et migrants de Calais devrait permettre d’assurer le respect élémentaire de la dignité humaine de celles et ceux qui vivent dans des conditions qualifiées de dégradantes par la justice française.
Cette décision doit être l’occasion d’expliciter auprès de la population les causes de la présence de ces personnes à Calais et sur le littoral de La Manche. 

Amnesty International France appelle donc les responsables politiques à : 
  • Refuser toute initiative ou proposition visant à bannir les réfugiés des territoires,

  • Condamner avec la plus grande fermeté toute atteinte volontaire aux biens ou aux personnes visant les réfugiés et les migrants,
  • Promouvoir, au niveau local, la mise en place de conditions d’accueil des réfugiés conformes aux règles nationales, européennes et internationales sur tout le territoire français,
  • Se fonder sur des données factuelles présentées de façon transparente sur la situation des réfugiés dans le monde et en France lorsqu’ils abordent cette question en particulier avec la population et les médias,
  • Valoriser et encourager les initiatives d’accueil de réfugiés au niveau local,
  • Soutenir et renforcer l’implication de la France dans l’accueil de réfugiés vulnérables depuis les zones de conflit.

Communiqué d’Amnesty International France du 10 octobre 2016

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