mercredi 13 janvier 2016

STOP AUX VIOLENCES CONTRE LES FEMMES EN TUNISIE




En Tunisie, quand on est victime de violences sexuelles, on se retrouve trop souvent confronté-e à la réprobation, à la honte et aux accusations. Au lieu d’être protégé-e et soutenu-e, on devient une victime de la loi. On n’a personne vers qui se tourner pour obtenir de l’aide. 
Une adolescente cible de pression épouse son violeur, une femme dans l’incapacité de signaler un viol parce que son agresseur est son mari, des hommes et des femmes agressés en raison de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre. Ces personnes sont des victimes, pas des criminels. Lorsque ce n’est pas le droit qui introduit des discriminations à leur égard, ce sont les tabous sociaux. 
D’une manière ou d’une autre, les victimes sont privées de justice et de soins médicaux dignes de ce nom, alors qu'elles y ont droit. On leur répète d’« assumer », mais n’est-il pas temps que les autorités tunisiennes le fassent ?




Dites au Premier ministre tunisien : #Assumez, en donnant la priorité à la lutte contre les violences sexuelles et les violences liées au genre, et en veillant à ce que les victimes obtiennent justice et les soins de santé dont elles ont besoin.

Monsieur le Premier ministre, 



La Tunisie se félicite d’être un chef de file en matière de droits des femmes et d’égalité entre les genres dans la région, mais lorsque ces droits sont bafoués, le droit trahit les victimes. 

Les victimes de violences sexuelles et de violences liées au genre font l’objet de discriminations de la part de la police, et c’est à elles qu’échoit la responsabilité de prouver qu’elles ont été agressées. N’ayant qu’un accès restreint aux conseils juridiques, à l’accompagnement psychologique ou aux centres d’accueil, elles n’ont personne vers qui se tourner pour obtenir de l’aide. 

En 2014, la Tunisie a promis de protéger et de soutenir les victimes de ces formes de crimes. Il est désormais temps de tenir cette promesse.

Je vous exhorte à :

  • veiller à ce que les victimes de violences sexuelles et de violences liées au genre bénéficient d’un meilleur accès à des services de santé et à la justice, sans être confrontées à des préjugés sociaux et juridiques ; 
  • adopter une législation complète de lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles, conformément aux obligations internationales de la Tunisie en matière de droits humains ;
  • encourager la révision des lois préjudiciables, et en particulier :
  • reconnaître l’existence du viol conjugal, tout en donnant une nouvelle définition au viol, de sorte qu’elle soit conforme aux normes internationales (article 227),
  • empêcher les violeurs et les ravisseurs de se soustraire aux poursuites en épousant leurs victimes adolescentes (en abrogeant les articles 227 bis et 239),
  • cesser d’ériger en infraction les relations sexuelles entre adultes consentants en dehors du mariage et les relations entre personnes de même sexe (en abrogeant les articles 236 et 230).
Vous avez l’occasion de façonner l’histoire –veuillez la saisir... 

Je vous prie d’agréer mes salutations distinguées.



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POUR EN SAVOIR PLUS

Dans le monde arabe, la Tunisie a montré la voie à suivre pour briser les tabous et promouvoir les droits des femmes. Or, malgré des réformes positives adoptées au fil des ans, ceux qui violent et qui kidnappent des adolescentes peuvent toujours échapper aux poursuites s'ils se marient avec leur victime.

LES CARENCES LÉGISLATIVES

Les femmes qui signalent un viol conjugal ou des violences familiales sont poussées à retirer leur plainte pour des questions de honte. Les gays et les lesbiennes qui signalent des violences risquent d'être eux-mêmes poursuivis en justice plutôt que leurs agresseurs. De plus, dans certains cas, les auteurs des agressions sont des policiers.
Du fait de lois archaïques, de l'inefficacité du maintien de l'ordre ainsi que des stéréotypes relatifs au genre enracinés dans la société tunisienne, il est difficile pour les femmes d'obtenir justice pour les crimes commis contre elles et elles sont même parfois poursuivies en justice en tant que délinquantes.
Nous nous sommes entretenu avec des dizaines de personnes ayant subi des agressions physiques et sexuelles telles qu'un viol, des violences familiales et le harcèlement sexuel. Toutes ces personnes se heurtent à des obstacles juridiques et sociétaux quand elles signalent les agressions commises contre elles, et elles ne reçoivent pas une aide médicale et sociale adéquate. 




L'HONNEUR PLUTÔT QUE LA JUSTICE

En Tunisie, les femmes et les jeunes filles vivent dans une société qui préfère voir préservé l'« honneur » de la famille plutôt que de voir les agresseurs déférés à la justice. Les femmes, en particulier celles victimes d'une agression sexuelle ou de violences familiales, subissent des pressions visant à les dissuader de porter plainte et à les amener à penser qu'elles jetteront la honte sur leur famille si elles le font. Souvent, les policiers rejettent celles qui osent porter plainte, ou remettent sur elles la responsabilité des violences subies et, dans certains cas, la police a considéré que son rôle était de servir de médiateur entre la victime et l'auteur de l'agression, même dans des affaires de violences très graves.
Cette attitude ainsi que les manquements de l'État sont particulièrement nocifs dans un pays ou les violences sexuelles et liées au genre sont courantes. 
De nombreuses Tunisiennes se retrouvent enfermées dans le cycle des violences – y compris le viol –, souvent aux mains de leur mari. 
La législation tunisienne relative au viol présente de graves failles et dissuade les victimes de se manifester. En pratique, comme la législation sur le viol met l'accent de manière excessive sur l'utilisation de la force ou de la violence, il est difficile pour les femmes de prouver qu'il y a eu viol en l'absence de preuves médicales importantes telles que des signes de blessure physique. 
Le fait que l'adultère soit puni d'une peine de cinq ans d'emprisonnement infligée à la fois à l'homme et à la femme est encore un facteur supplémentaire qui contribue à dissuader les femmes de porter plainte en cas d'agression sexuelle.
La législation sur l'« atteinte aux bonnes mœurs » est également utilisée pour sanctionner des victimes de violence sexuelle. Comme en septembre 2012 où une femme a été inculpée d'outrage à la pudeur après qu'elle eut accusé deux policiers de viol.


Le quartier détruit des prostitués à Sousse © Tomáš Rafa

DES POPULATIONS PARTICULIÈREMENT EXPOSÉES

Les victimes LGBTI de violences physiques et sexuelles en Tunisie risquent encore davantage d'être rejetées par la police ou d'être poursuivies en justice en raison de l'homophobie et de la transphobie ambiantes et de la criminalisation des relations sexuelles consenties entre personnes de même sexe. 
En Tunisie, les travailleurs et travailleuses du sexe sont aussi particulièrement exposés au risque d'exploitation sexuelle, de chantage et d'extorsion principalement de la part de la police. Comme leur travail est réprimé par la législation pénale, ils n'osent souvent pas porter plainte pour les violences commises contre eux, par crainte de poursuites judiciaires. 

COMMENT INVERSER LE COURS DE LA VIOLENCE ?

La Constitution tunisienne de 2014  est une avancée majeure en ce qui concerne la protection des droits humains et la préservation des progrès réalisés par le mouvement pour les droits des femmes au fil des ans.
Elle assure une meilleure protection pour les femmes et garantit l'égalité des genres et la non-discrimination. La Constitution contient aussi d'autres garanties importantes qui protègent les droits des LGBTI. Elle garantit le droit à la vie privée et à la liberté d'expression, de pensée et d'opinion.
Cependant, les travaux de rédaction d'une nouvelle loi visant à combattre la violence à l'égard des femmes et des jeunes filles et qui propose aussi de dépénaliser les relations sexuelles entre personnes de même sexe ont pris du retard.
La Tunisie doit mettre en place une série de réformes audacieuses pour mettre fin à la discrimination et à la violence généralisées qui continuent de briser des vies. C’est uniquement ainsi que la Tunisie pourra véritablement éliminer les inégalités liées au genre et protéger les personnes prises pour cible en raison de leur genre ou de leur identité sexuelle.




POUR ALLER AU-DELÀ : NOTRE CAMPAGNE « MON CORPS MES DROITS »




Les droits sexuels et reproductifs sont des droits humains universels : chaque personne doit pouvoir jouir de ces droits, indépendamment de son orientation sexuelle, de son genre ou de son âge.


Contact en région Midi-Pyrénées : Jacqueline DELOFFRE - jacquelinedeloffre@gmail.com

Membre de la Commission Femmes d’Amnesty International France.

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