samedi 8 décembre 2018

LE MONDE - 07/12/18 - TRISTE ANNIVERSAIRE POUR LES DROITS HUMAINS


10 DÉCEMBRE 2018 - 70e ANNIVERSAIRE DE LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L'HOMME (DUDH)

Une Déclaration universelle de moins en moins défendue.




Des migrants, tout juste débarqués du bateau qui les a recueillis en mer Méditerranée, attendent dans le port de Malaga (Espagne), le 8 novembre. Jon Nazca / REUTERS 

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… » Il y a soixante-dix ans, le 10 décembre 1948, au Palais de Chaillot, à Paris, cinquante États adoptaient la Déclaration universelle des droits de l’homme. Sur les ruines d’un monde dévasté par la seconde guerre mondiale et horrifié par l’Holocauste, la communauté internationale formulait une promesse : désormais les droits des individus compteraient autant que les droits des États.

Soixante-dix ans plus tard, le bilan est sombre. Certes la Déclaration universelle est le document le plus traduit au monde, en 512 langues selon le Haut-commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme. Certes les 193 États membres de l’Organisation des Nations unies (ONU) ont, au fil des décennies, adopté la Déclaration universelle. Mais aucun ne l’applique totalement. Pire, si l’Assemblée générale de l’ONU était appelée à voter aujourd’hui sur le texte le plus progressiste et le plus universel de l’histoire de l’humanité, il ne fait guère de doute que celui-ci ne serait pas adopté.

La chancelière allemande Angela Merkel l’a reconnu avec lucidité lors du Forum de Paris sur la paix, organisé le 11 novembre par la France pour la commémoration de la fin de la première guerre mondiale : « Imaginez qu’aujourd’hui nous, communauté des nations, devions adopter une telle déclaration universelle des droits de l’homme. En serions-nous capables ? Je crains que non. »

PAS D’OBLIGATIONS JURIDIQUES

La France, qui s’est longtemps sentie gardienne de ces valeurs universelles – de la Déclaration des droits de l’homme et des citoyens de 1789 à sa participation avec le juriste René Cassin à la rédaction de la Déclaration universelle de 1948 – ne célébrera d’ailleurs qu’a minima, lundi 10 décembre, ce 70e anniversaire. A Paris comme ailleurs, les droits humains ne sont pas un concept dans le vent.

La Déclaration universelle a un problème originel : elle n’est pas un traité. En l’adoptant, les États proclament des droits sans avoir à se conformer à des obligations juridiques. Alors certes neuf conventions internationales sur les droits humains ont émané de la Déclaration universelle (droits civils et politiques ; droits économiques et sociaux ; discrimination raciale ; discrimination des femmes ; torture ; droits de l’enfant ; droits des migrants…) et 80 % des États membres de l’ONU ont ratifié au moins quatre de ces neuf conventions, mais ils sont loin de les appliquer.

Outre ces neuf traités et outre les Conventions de Genève de 1949, la communauté internationale a inventé, après la fin de la guerre froide et l’effondrement du communisme, choquée par les guerres d’ex-Yougoslavie et le génocide au Rwanda, deux concepts qui, bien que toujours très controversés, constituent une avancée dans le domaine des droits de l’homme.

Le premier est la justice pénale internationale : un traité international – le Statut de Rome – a permis la création en 2002 d’une Cour pénale internationale (CPI) chargée de juger les crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Il a à ce jour été adopté par 123 pays. Le second est la « Responsabilité de protéger », un concept hérité des notions de droit d’ingérence et de devoir d’ingérence portées notamment par Bernard Kouchner, qui demande aux États d’intervenir pour stopper les crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Elle a été adoptée en 2005 par la totalité des États membres de l’ONU mais reste, comme en témoignent les conflits qui ravagent la planète, largement bafouée.

Le problème principal conduisant au net recul actuel des droits humains est à la fois politique et moral. Les premiers défenseurs des droits de l’homme ont vu leur étoile pâlir : tandis que l’Europe est submergée par une vague de défiance envers l’Union européenne, de retour des nationalismes et de réflexes identitaires et xénophobes, les États-Unis ont perdu leur autorité morale dans les guerres de l’après-11-Septembre en recourant à la torture, aux assassinats extra-judiciaires et à des interventions militaires illégitimes, en particulier en Irak.

Ailleurs sur la planète, le succès du modèle chinois de développement, qui se construit contre les droits humains, gagne du terrain dans les esprits, notamment dans les pays émergents. Par ailleurs de la Russie à la Turquie, du Venezuela aux Philippines et aujourd’hui au Brésil, le succès de l’autoritarisme politique renforce l’idée que violer les droits humains ne porte pas à conséquence, y compris électoralement. Sans même parler de l’impunité dont jouissent les principaux criminels de guerre actuels, de la Syrie au Yémen en passant par la Birmanie.





Sur cette photo extraite d’une vidéo datée du 22 novembre, des Syriens exhument les corps d’une fosse commune, à Rakka, où sont enterrés des civils et des djihadistes. AP 

« Dans beaucoup de pays, la reconnaissance que tous les êtres humains sont libres et égaux est attaquée, reconnaît Michelle Bachelet, la haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, dans un message adressé au Monde. Et les lois et traités qui portent la vision de la Déclaration universelle sont progressivement sapés par des gouvernements de plus en plus focalisés sur leurs intérêts nationalistes et étriqués. »

Au sein de l’ONU, gardienne des droits de l’homme, ces raidissements internationaux sont particulièrement visibles. Le point d’orgue a été le départ en juin des États-Unis du Conseil des droits de l’homme, au nom du respect de la souveraineté nationale chère au président Donald Trump et à son administration. Par ailleurs la Chine, alliée dans ce domaine à la Russie, mène des attaques assidues contre tout ce qui est lié aux droits humains, que ce soit dans les résolutions politiques ou dans l’administration de l’ONU et de ses budgets.

Si Michelle Bachelet note « les progrès accomplis par les générations passées face à des défis tels que l’apartheid, l’esclavage, le colonialisme, la ségrégation, l’absence de droits des femmes » et pense que « partout dans le monde, les peuples demandent de mettre fin à la tyrannie et à la discrimination », les défenseurs des droits humains n’ont guère le cœur à célébrer ce 70e anniversaire.

« La question fondamentale est de savoir si les quinze années de progrès, après la guerre froide, furent une exception ou pas. Est-on tout simplement en train de revenir à ce qui fut la règle pendant des siècles, c’est-à-dire la volonté de régler les problèmes par la violence et la guerre ? », s’interroge le directeur général du Comité international de la Croix-Rouge, Yves Daccord. Il est très frappant de constater que les États ne produisent plus de consensus, qu’ils ne veulent plus de solutions collectives. On vit une époque d’exceptionnalisme. Sur toutes les grandes questions liées aux guerres, aux migrations ou à l’écologie, et donc aux droits humains, c’est le bordel intégral. »

« UNE ÉPOQUE TRÈS DANGEREUSE »

« Nous vivons une époque très triste et très dangereuse, pense le secrétaire général d’Amnesty International, Kumi Naidoo. En ce 70e anniversaire, il n’y a rien à célébrer. La Déclaration universelle ne serait pas adoptée aujourd’hui, et les États-Unis feraient partie des pays qui bloqueraient son adoption. »

C’est « un sombre anniversaire », reconnaît aussi Philippe Bolopion, de Human Rights Watch, qui dénonce « une vague réactionnaire qui s’étend » et « des hommes fortsqui attisent la haine des minorités et justifient, au nom d’une prétendue souveraineté, des mesures qui remettent en question les libertés fondamentales des citoyens ». M. Bolopion déplore « l’absence d’un leadership fort sur la question des droits de l’homme ». Ni la France ni les États-Unis, les « parrains » historiques, ne jouent ce rôle.

Lors d’une célébration jeudi 6 décembre à New York, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est félicité de « l’impact révolutionnaire » de la Déclaration universelle, qui a « inspiré des politiques et des Constitutions » et « stimulé la lutte contre la discrimination et le racisme ».

Il avait indiqué, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, à l’intention de ceux qui opposent droits humains et droits des États, qu’à ses yeux « les droits de l’homme et la souveraineté vont de pair ». « Nous avons de nombreuses preuves que les violations des droits humains commises au nom d’un État sont un signe de faiblesse et non pas de force. Elles sont souvent annonciatrices de conflits, et même d’effondrement. »

Michelle Bachelet ne veut « pas perdre l’espoir » et appelle chacun à « résister au recul des droits humains ». Puisque c’est le caractère universel des droits humains qui est contesté, elle rappelle qu’« on ne devrait jamais accepter l’argument que certains droits sont adaptés à certaines cultures et pas à d’autres. Nous sommes tous des êtres humains et l’universalité de nos droits vient de notre humanité commune, pas des circonstances historiques, culturelles et géographiques ».


Rémy Ourdan et Marie Bourreau (New York, Nations unies, correspondante) 




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Voir l’annonce dans la rubrique « Agenda »


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SOIXANTE-DIX ANS APRÈS LA DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME


PAS DE LIBERTÉ POLITIQUE SANS ÉGALITÉ SOCIALE


par Kumi Naidoo Secrétaire général d’Amnesty International.

Le Monde Diplomatique - Décembre 2018




En adoptant la Déclaration universelle des droits de l’homme, le 10 décembre 1948, les membres des Nations unies s’accordaient pour la première fois sur des principes permettant aux êtres humains de vivre dans la liberté, l’égalité et la dignité. Si de nombreux progrès ont été accomplis depuis, l’explosion des inégalités et l’emballement sécuritaire des États menacent les droits tant politiques qu’économiques et sociaux — d’autant plus fragiles qu’ils sont envisagés séparément.

Lire et relire la Déclaration universelle des droits de l’homme, soixante-dix ans après son adoption par les Nations unies à Paris, est toujours un exercice utile, car ce texte propose aujourd’hui encore la vision la plus progressiste de ce que notre monde pourrait être. Au moment de célébrer cet anniversaire, il serait logique de souligner les indéniables progrès réalisés ensemble pendant toutes ces années afin de transformer cette vision en réalité. Mais l’honnêteté oblige à dire que l’intolérance augmente, que des inégalités extrêmes se répandent, tandis que les États se révèlent incapables de prendre collectivement les mesures nécessaires pour affronter les menaces globales. Nous nous trouvons exactement dans la situation que les pays signataires de la Déclaration s’étaient promis d’éviter. Ne nous contentons donc pas d’une célébration, et saisissons cette occasion historique pour dresser un bilan et nous attacher à concrétiser les droits humains pour le plus grand nombre.

L’article 2 de la Déclaration universelle énonce que les droits qu’elle proclame appartiennent à chacun d’entre nous, que nous soyons riche ou pauvre, quels que soient notre sexe ou la couleur de notre peau, le pays où nous vivons, la langue que nous parlons, nos opinions ou nos croyances. Loin de s’être traduit dans les faits, cet universalisme, qui sous-tend tous les droits de la personne, subit aujourd’hui des attaques violentes. Amnesty International ainsi que d’autres organisations ne cessent de souligner que les discours suintant la stigmatisation, la haine et la peur se développent d’une manière inédite dans le monde depuis les années 1930.

La récente victoire de M. Jair Bolsonaro à l’élection présidentielle brésilienne, malgré un programme ouvertement hostile aux droits fondamentaux, illustre parfaitement les défis que nous devons relever.

Si M. Bolsonaro parvient à mettre en œuvre les promesses d’une campagne déshumanisante, son accession au pouvoir menace les populations indigènes, les communautés rurales traditionnelles — appelées quilombos —, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes (LGBTI), la jeunesse noire, les femmes, les militants et les organisations de la société civile.

Il est crucial de se demander pourquoi nous nous retrouvons dans la situation que la Déclaration voulait précisément empêcher ; une situation dans laquelle les droits humains sont attaqués et rejetés au motif qu’ils protégeraient certains et non pas tous.

Si les multiples raisons qui ont conduit à un tel état de fait sont complexes, une chose est sûre : ce qui est en cause, c’est en partie notre incapacité à considérer les droits humains comme un ensemble indivisible de droits intrinsèquement liés et s’appliquant à tous. La Déclaration universelle ne séparait pas les droits civiques des droits culturels, économiques, politiques et sociaux. Elle n’établissait pas de distinction entre la nécessité de concrétiser le droit à l’alimentation et celle d’assurer la liberté d’expression. Elle reconnaissait déjà ce que nous admettons couramment aujourd’hui : les deux sont intrinsèquement liées.

Au cours des décennies qui ont suivi l’adoption de la Déclaration, les États ont découplé les deux types de droits, instaurant un déséquilibre dans leur perception et leur protection. Mais les organisations internationales de défense des droits humains, y compris Amnesty International, doivent aussi assumer leur part de responsabilité dans cette distorsion. Notre association est surtout connue pour sa défense de la liberté de conscience et son soutien aux prisonniers politiques, à savoir des personnes incarcérées en raison de ce qu’elles sont ou de ce qu’elles croient. Nous sommes également associés à la lutte contre la torture, pour l’abolition de la peine de mort ou en faveur de la liberté d’expression. Nous n’avons commencé à étudier et à promouvoir activement les droits économiques, sociaux et culturels que dans les années 2000. Depuis, nous avons mené des campagnes d’ensemble contre les violations du droit à un logement décent, à la santé et à l’éducation. Nous savons qu’il reste beaucoup à faire.

La crise économique mondiale, dont les conséquences se font sentir en profondeur, illustre parfaitement la nécessité de relever ces défis du point de vue des droits humains. Ce qui s’est produit dans de nombreux pays européens a montré la fragilité, voire l’inexistence pratique, d’une protection sociale de base. Pis, dans les pays les plus touchés, les législations économiques et sociales demeurent bien souvent insuffisantes. Ce qui signifie que les citoyens ne peuvent faire valoir leurs droits en justice, même lorsque ceux-ci sont à l’évidence violés.

Dans bien des cas, les gouvernements ont choisi de répondre à la crise économique par des mesures d’austérité humainement très coûteuses, entravant l’accès aux biens de première nécessité, à la santé, au logement et à l’alimentation. L’Espagne en fournit un bon exemple : le gouvernement a réduit les dépenses publiques, y compris dans le domaine de la santé. Les soins de qualité sont alors devenus hors de portée et plus onéreux, au détriment surtout des personnes à faibles ressources, et en particulier de celles qui souffrent de maladies chroniques, de handicaps et de problèmes de santé mentale. L’un des hommes interrogés dans le cadre d’un rapport sur le sujet nous a confié qu’il devait désormais choisir entre la nourriture et les médicaments : « Je souffre trop, j’ai besoin de prendre mes médicaments. Soit je me soigne, soit je me tue [tant la douleur est insoutenable] … Donc, s’il faut que je me prive de nourriture, je le fais, parce que je dois acheter des médicaments. »

La manière dont les gouvernements ont choisi de réagir aux mouvements anti-austérité est une autre preuve du caractère indissociable des droits politiques, économiques, sociaux et culturels. Au Tchad, les mesures restrictives adoptées par les autorités ont encore davantage enfoncé la population dans la pauvreté. Elles ont miné l’accès aux soins de santé élémentaires et mis l’éducation hors de la portée de beaucoup. Beaucoup de Tchadiens ont alors manifesté et fait grève. Au lieu d’écouter leurs revendications, le gouvernement a décidé d’étouffer toute contestation. Il a choisi la répression brutale, faisant arrêter les militants et portant une atteinte flagrante à leur liberté de réunion.

Si la crise mondiale semble loin derrière nous, nous en observons toujours les ramifications sociales et économiques. Les inégalités, la corruption, le chômage et la stagnation économique qui pénalisent les populations forment un terrain propice à l’émergence de dirigeants qui sèment la division et la haine, avec les conséquences explosives que l’on connaît.

Le président français Emmanuel Macron tente de se faire le champion de la lutte contre de tels discours, qui menacent de s’enraciner. « L’Europe bascule presque partout vers les extrêmes et, à nouveau, cède au nationalisme », a-t-il ainsi déclaré lors d’une allocution télévisée le 16 octobre 2018. « Nous avons besoin, en ces temps troubles, de toutes les énergies de la nation (…). J’ai confiance en vous, en nous. » Pourtant, la population française s’inquiète des politiques qu’il mène en matière de droit du travail, de retraites et d’accès à l’université. Amnesty International a également mis en évidence les restrictions imposées au droit de manifester en France sous couvert de l’état d’urgence. En 2018, les mobilisations en faveur de lois respectueuses des droits économiques, sociaux et culturels suscitent, au mieux, l’indifférence du président français et, au pis, une violente répression policière.

Un tel schéma se retrouve partout dans le monde. Il est urgent que les gouvernements rendent des comptes sur leur incapacité à faire respecter tous les droits, toutes catégories confondues. À cette fin, nous ne devons pas nous contenter de réclamer la liberté d’expression et de manifestation ; nous devons également examiner les raisons de la contestation. Prenons l’exemple de Jamal Khashoggi, ce journaliste saoudien désormais connu dans le monde entier pour avoir été brutalement assassiné en octobre dernier au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Comme beaucoup de défenseurs des droits humains dans son pays, il était dans le collimateur de Riyad parce qu’il avait choisi d’exercer sa liberté d’expression. Dans son dernier article, publié dans le Washington Post, il soulignait que ses compatriotes ne pouvaient pas aborder ouvertement des questions relatives à leur vie quotidienne. « Nous souffrons de la pauvreté, de l’incurie politique et d’une mauvaise éducation, écrivait-il. La création d’un forum international, indépendant des gouvernements nationalistes qui sèment la haine, permettrait aux citoyens ordinaires du monde arabe de trouver des solutions aux problèmes structurels de leur société. » Khashoggi avait parfaitement compris pourquoi les droits humains forment un tout. La liberté d’expression est essentielle parce qu’elle nous permet de revendiquer les autres droits, mais elle ne suffit pas. C’est pourquoi le peuple égyptien scandait « Pain, liberté, justice sociale ! » lors du « printemps arabe » de 2011. Ce que nous ne parvenons toujours pas à saisir, les manifestants de la place Tahrir au Caire l’avaient douloureusement compris il y a sept ans : les droits humains, c’est tout ou rien. Soit on peut les exercer tous, soit on n’a rien.

Si nous voulons vraiment que les droits humains deviennent une réalité pour tous, des mesures s’imposent d’urgence. En tant que mouvement de défense des droits humains, nous devons non seulement continuer à défendre la liberté d’expression et de manifestation, mais aussi établir un lien avec les décisions économiques et financières prises par nos dirigeants. Nous devons travailler avec des organisations semblables à la nôtre pour exiger des responsables politiques qu’ils rendent des comptes sur l’utilisation de l’argent public, pour combattre la corruption, les mouvements illégaux de capitaux et les failles de la fiscalité internationale. Nous devons nous atteler à trouver des solutions aux problèmes structurels de nos sociétés.

Il s’agit d’un projet d’envergure, qui ne pourra se réaliser que si nous unissons nos forces en créant des coalitions avec nos partenaires d’autres mouvements : militants des droits humains, avocats, syndicalistes, représentants des mouvements sociaux, économistes et responsables religieux. Avec l’aide de nos alliés dans toutes les régions du monde, nous devons porter la voix de ceux qui ont besoin d’être entendus. Seule la solidarité nous permettra de parvenir à un monde sans inégalités et sans injustices, un monde à la hauteur des engagements pris dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.





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70e ANNIVERSAIRE MOROSE POUR LA DUDH

France Culture - « Politique ! » par Hervé Gardette – 08/12/18 

La défense des droits ne semble plus faire consensus dans le monde. Les droits humains doivent-ils sans cesse se réinventer en s'incarnant dans des combats politiques ? A cette remise en cause de la dimension universelle de ces droits s’ajoute le constat de leur violation dans de nombreux pays. Les droits humains ont beau être inscrits dans le marbre, ils ne sont pas figés pour autant : parce que la nécessité de les défendre reste d’actualité. Parce que le moment présent oblige aussi à les repenser constamment, pour les faire évoluer.

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