vendredi 23 juin 2017

RAQQA : DU PHOSPHORE BLANC UTILISE PAR LA COALITION DIRIGEE PAR LES ÉTATS-UNIS



L'utilisation par la coalition emmenée par les États-Unis de munitions au phosphore blanc dans la banlieue de Raqqa, en Syrie, est illégale et pourrait constituer un crime de guerre.

5 vidéos, publiées en ligne les 8 et 9 juin 2017, montrent des tirs d'artillerie de la coalition utilisant de telles munitions sur les quartiers civils de Jezra et d'El Sebahiya, la banlieue de Raqqa en Syrie.

Les combats s'intensifient tandis que les Forces démocratiques syriennes, soutenues par la coalition emmenée par les États-Unis, cherchent à reprendre le contrôle de la ville à l'EI. Des centaines de milliers de civils restent pris au piège dans la ville et aux alentours.

ANALYSE DE 5 VIDÉOS

Nous avons vérifié et recoupé cinq vidéos rendues publiques les 8 et 9 juin 2017. Celles-ci montrent clairement, sous différents angles, du phosphore blanc exploser au-dessus de ces zones et une pluie de particules de phosphore en combustion retomber sur des bâtiments de faible hauteur.

L'utilisation répétée de phosphore blanc dans des conditions où des civils risquent d'entrer en contact avec des particules en combustion est contraire au droit international humanitaire.

Selon le groupe d'observateurs locaux « Raqqa est assassinée en silence » et d'autres sources locales, 14 civils ont été tués lors d'une des frappes. Des militants de « Raqqa est assassinée en silence » ont dit à Amnesty International que, outre la population civile, de nombreuses personnes déplacées ayant fui l'ouest de Raqqa avaient aussi trouvé refuge dans ces zones au moment de l'attaque.

LE PHOSPHORE BLANC

L'utilisation de munitions au phosphore met gravement en danger la vie des milliers de civils piégés dans la ville de Raqqa et aux alentours, et pourrait dans ces circonstances constituer un crime de guerre. Cette substance peut provoquer de terribles blessures en brûlant la chair et les os, et reste dangereuse pendant des semaines après son utilisation car des résidus peuvent se rallumer spontanément et atteindre des températures extrêmement élevées

DU PHOSPHORE BLANC DE FABRICATION AMÉRICAINE

Selon l'analyse réalisée par Amnesty International, les obus au phosphore blanc que l'on voit sur les images sont très probablement des M825A1 de 155 millimètres, fabriqués aux États-Unis.

Le phosphore blanc est le plus souvent utilisé pour créer un écran de fumée dense susceptible de dissimuler des mouvements de troupes aux forces ennemies, ainsi que pour marquer des cibles en vue d'une nouvelle attaque. Si son utilisation à ces fins n'est pas interdite, elle doit être entourée des plus grandes précautions. Cette substance ne doit en aucun cas être utilisée à proximité de civils.

DÉJÀ UNE UTILISATION DE PHOSPHORE BLANC A MOSSOUL

La coalition dirigée par les États-Unis a confirmé avoir récemment utilisé du phosphore blanc dans la ville irakienne de Mossoul, mais n'a pas confirmé l'utilisation de cette substance à Raqqa.

À Mossoul, elle a affirmé avoir utilisé du phosphore blanc pour créer un écran de fumée afin d'aider les civils à fuir les zones de la ville contrôlées par le groupe armé se faisant appeler État islamique (EI).

La protection des forces militaires ne doit pas primer sur la protection des civils. La coalition emmenée par les États-Unis, ainsi que les Forces démocratiques syriennes, doivent s'abstenir d'utiliser des armes explosives puissantes et des armes imprécises dans des zones habitées, et doivent prendre toutes les mesures possibles pour protéger la population civile.


Les forces dirigées par les États-Unis doivent enquêter immédiatement sur les tirs d'artillerie qui ont visé Jezra et El Sebahiya et prendre toutes les mesures possibles pour protéger les civils. L'utilisation de phosphore blanc dans des zones densément peuplées fait courir aux civils un risque inacceptable et s'apparente presque immanquablement à une attaque menée sans discrimination.

THÉMATIQUE ASSOCIÉE



mercredi 7 juin 2017

20 JUIN, JOURNEE MONDIALE DES REFUGIES



14 ASSOCIATIONS INTERNATIONALES ET LOCALES MOBILISÉES POUR FÊTER CETTE JOURNÉE A TOULOUSE




Plus de 21 millions de personnes dans le monde ont été forcées de tout laisser derrière elles pour fuir un conflit ou échapper à des persécutions liées à leurs opinions, leurs croyances ou leur identité.

Contrairement aux idées préconçues qui circulent parfois, la grande majorité des 21 millions de réfugiés - 86 % exactement - trouvent refuge dans un pays voisin ou proche, le plus souvent un pays en développement (Jordanie, Turquie, Pakistan, Liban, Iran, Éthiopie…)

Ces pays d'accueil assument une part de responsabilité disproportionnée. Les pays plus riches, dont la France, ne font pas assez, aujourd’hui, pour assurer l’accueil et la protection de ces réfugiés (notre pays se situe au 18e rang des pays d’accueil). Pourtant, la volonté de la population de les accueillir est réelle.

Le mardi 20 juin, journée mondiale des réfugiés, nous vous proposons un événement militant et festif à Toulouse, pour célébrer cette volonté et donner la possibilité d’exprimer les raisons pour lesquelles nous sommes, vous êtes en faveur d’une politique d’accueil digne.




Derrière ce mot « réfugiés » se trouvent des hommes, des femmes, des enfants, nos semblables qui ont besoin de nous et qui ont également beaucoup à apporter. S’ils se sentent bienvenus, s’ils sont accueillis humainement et dignement, ils pourront s'installer et se reconstruire plus facilement et notre vie ensemble n'en sera que meilleure.

Quatorze associations se rassembleront de 18h à 22h pour célébrer avec le public la journée internationale des réfugiés. Tous ceux qui souhaitent exprimer leur volonté de secourir et accueillir à Toulouse sont invités à se joindre à ce rendez-vous.



En plus des animations prévues sur l’esplanade (stands des associations, signatures de pétitions, musique, expo photos, graff, quiz mis en scène, jeu de l’oie du parcours d’obstacle migrants, échanges avec des participants aux cours bénévoles de français langue étrangère, témoignages sur les secours en mer, prises de paroles autres…), les participants se déplaceront dans les rues du centre-ville, au son d’une batucada. 4 haltes permettront aux passants d’avoir une autre image, festive et talentueuse, de ces migrants, récents ou plus anciens.

LES DEMANDES D’AMNESTY INTERNATIONAL AUX ÉTATS

  • Organiser l'accueil des réfugiés par le plus grand nombre de pays en ouvrant des voies légales et sûres afin qu’ils puissent se mettre à l'abri sans risquer leur vie ;
  • Réinstaller, réunifier les familles et délivrer des visas ;
  • Ne pas conclure d'accords avec des pays qui ne respectent pas les droits humains pour y renvoyer des réfugiés ;
  • Renforcer la protection des réfugiés dans les pays qui en accueillent le plus grand nombre.

REPRÉSENTANT DE L'ÉVÉNEMENT

Françoise DABKOWSKI, Responsable régionale Amnesty International :

vendredi 26 mai 2017

ALERTE EN TCHETCHENIE : DES HOMOSEXUELS ENLEVES, TORTURES OU TUES





Des hommes perçus comme homosexuels auraient été enlevés, torturés voire tués en toute impunité en Tchétchénie dans le cadre d’une campagne coordonnée.
Selon le quotidien indépendant russe Novaya Gazeta, des centaines d’hommes, perçus comme étant homosexuels, auraient été enlevés en Tchétchénie. Ces hommes auraient subi des actes de torture ou d’autres mauvais traitements, et auraient été contraints de divulguer l’identité d’autres personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres de leur connaissance. 

DES INFORMATIONS CONCORDANTES 

Le journal Novaya Gazeta affirme détenir des informations vérifiées concernant au moins trois hommes qui ont été tués par leurs ravisseurs, mais les sources du journal affirment qu’un plus grand nombre de personnes auraient été tuées.
D’après des informations, certains des hommes enlevés auraient depuis été rendus à leur famille, probablement car leur orientation sexuelle n’a pas été confirmée par leurs ravisseurs. Ils restent cependant en grand danger en raison de l’homophobie locale.
Des membres de l’ONG « Russian LGBT Network » ont confirmé ces informations, et ont ouvert une ligne téléphonique d’urgence pour aider les personnes qui auraient besoin de se mettre en sécurité en dehors de la région. Cependant, des avertissements anonymes circulent également sur Internet pour mettre en garde contre le fait que certaines des propositions d’aides sur Internet peuvent être utilisées par les auteurs de ces crimes pour traquer davantage de personnes LGBTI. 

UN GOUVERNEMENT RÉTICENT A ENQUETER 

Les réactions des autorités tchétchènes à ces informations ont varié du déni (par exemple, d’Alvi KARIMOV, l’attaché de presse du président de la République), au refus de les prendre au sérieux, en passant par des menaces supplémentaires à peine voilées. Le 3 avril, Dimitri PESKOV, l’attaché de presse du gouvernement russe, a annoncé que le ministère de l’Intérieur était en train de « vérifier les informations relatives à la persécution présumée d’hommes d’orientation non-traditionnelle ». 

LES CRIMES D'HONNEUR DANS LE CAUCASE DU NORD
Les crimes d'« honneur » continuent d’être commis dans le Caucase du Nord, et particulièrement en Tchétchénie. Les hommes considérés comme ayant « sali l’honneur » de leur famille en étant gays ou perçus comme étant gays, risquent réellement d’être tués par des membres de leur propre famille. Les responsables des crimes d'« honneur » restent souvent impunis pour leurs crimes. Récemment, de nombreuses vidéos violentes menaçant des militants gays ont été publiées sur Internet.
Kheda SARATOVA, membre du Conseil des droits de l'homme sous l’égide du président de Tchétchénie, avait commenté dans un premier temps que la société tchétchène et « l’intégralité du système judiciaire » tchétchène traiteraient quiconque aurait tué un proche homosexuel « avec compréhension ». Elle a par la suite affirmé qu’elle avait été mal comprise et que la révélation de l’existence d’hommes gays en Tchétchénie l’avait choquée au point de ne pas pouvoir penser clairement.
Les autorités tchétchènes dirigées par Ramza KADYROV contrôlent de fait pratiquement toutes les sphères de la société dans cette république russe du Caucase du Nord. Toute forme de dissidence est violemment réprimée et les défenseurs des droits humains, les professionnels des médias et les militants politiques, notamment ceux n'étant pas originaires de Tchétchénie, font l'objet de menaces, de harcèlement et souvent de violences physiques.

AGIR

IL FAUT FAIRE LA LUMIÈRE SUR LES EXACTIONS CONTRE LES HOMOSEXUELS DANS CE PAYS


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DOSSIER ASSOCIE







THÉMATIQUE ASSOCIÉE




jeudi 20 avril 2017

UNE MINORITE RELIGIEUSE INDONESIENNE VICTIME DE VIOLENCES, DE DISCRIMINATION, AUJOURD’HUI ‘‘REFUGIEE DANS SON PROPRE PAYS’’



LE GROUPE AMNESTY INTERNATIONAL DE TOULOUSE INTERVIENT
 


Le groupe Amnesty International de Toulouse s’est vu confiée par Amnesty International France un « dossier d’intervention » en faveur de la communauté chiite de Sampang, dans l’île de Madura, province de Java Est.

Cette communauté est victime de persécution religieuse. Elle subit des actes de harcèlement, des menaces, des agressions, des actes d'intimidation  depuis plusieurs années de la part de personnes hostiles à son courant religieux. Les agents des forces de sécurité n'interviennent généralement pas et les auteurs de ces violences sont rarement punis.



En août 2012, cette communauté a été attaquée et chassée par une foule hostile à son courant religieux : une personne a été tuée, des dizaines ont été blessées et au moins 168 personnes (56 hommes, 61 femmes, 19 enfants et 32 bébés) ont été installées temporairement dans un complexe sportif de Sampang où elles ont vécu 10 mois dans des conditions précaires. 

Le 21 juin 2013, les 168 personnes ont été déplacées et relogées de force par les autorités du district de Sampang dans un centre d'hébergement de Sidoarjo, à environ 4 heures de route.
Selon Riri Hariroh, membre de la Commission nationale du droit des femmes ayant visité le camp de Sidoarjo le 5 septembre dernier et citée par le site Tempo.co[1], ils seraient en réalité 332, vivant aujourd’hui dans des conditions d’exiguïté et d’insalubrité hautement préoccupantes. Une telle situation serait susceptible de porter atteinte à certains de leurs droits, notamment économiques, sociaux et culturels.

« Il y a 4 ans, les membres de la communauté chiite de Sampang sont devenus des réfugiés dans leur propre pays »
Riri Hariroh

Pour rappel : L’Indonésie est considérée comme le plus grand pays musulman sunnite du monde : près de 90% de ses 240 millions d’habitants pratiquent cette religion. Les confessions minoritaires (chiisme, christianisme…) ont droit de cité dans la Constitution du pays. Elles n’en sont pas moins victimes de nombreuses intimidations de la part d’extrémistes sunnites, tacitement soutenus par les autorités locales voire nationales, comme dans la récente affaire ayant vu l’actuel gouverneur de Jakarta, Ahok, accusé de blasphème quelques mois avant les élections (mars 2017) et que peu soutenu par une classe politique tétanisée par des considérations électoralistes.

« L’État ne peut se contenter de leur fournir un simple hébergement de même qu’une maigre allocation de subsistance, et continuer de penser que les chiites doivent résoudre leurs propres problèmes. C’est une manière d’appréhender la chose erronée et trompeuse. Il ne saurait en être ainsi »
Andy Irfan Junaidi, Président de l’ONG KontraS Surabaya [2]

Il est grand temps que le gouvernement Indonésien s'engage à améliorer la situation des droits humains dans le pays et mette au point une stratégie concrète afin de prévenir les violences motivées par la religion et y apporte une réponse adéquate.

Il doit entre autres protéger et renforcer le respect de la liberté de religion et d'expression et la tolérance religieuse, qui se sont nettement dégradées ces dernières années. Il doit aussi  prendre des mesures adéquates pour protéger les minorités religieuses des attaques violentes et, en cas de violence, ouvrir des enquêtes et  traduire les responsables présumés en justice. 

Le droit à la liberté de religion est garanti par la Constitution indonésienne de même que par sa charte fondatrice reprenant des principes bouddhistes de tolérance et d’harmonie : le Pencasila.  Pourtant, les gouvernements successifs n'ont pas abrogé les lois ni les décrets qui sont incompatibles avec les droits aux libertés de religion et d’expression



LE GROUPE AMNESTY INTERNATIONAL DE TOULOUSE DEMANDE :

·     - que les autorités reconnaissent que le droit constitutionnel de la communauté chiite de Sampang a été bafoué,

- qu'elles engagent une véritable consultation de la communauté déplacée sur les conditions et la durée de leur installation actuelle à Sidoarjo,

- que les membres de la communauté puissent retourner dans leur village en toute sécurité et selon leur volonté, sans aucune condition et sans être forcés de renoncer à leur croyance,

- qu'une aide leur soit apportée pour reconstruire les maisons qui avaient été détruites ou endommagées et qu'ils obtiennent réparation pour les violations subies.



Lors de leur dernière réunion mensuelle, les membres du Groupe 237 de Toulouse ont souhaité adresser un message de solidarité à la communauté déplacée et de rappeler ses revendications aux autorités indonésiennes au moyen d’une action photo.


Messages Haut : Restaurer les droits des réfugies de Sampang ! – Tolérance - Arrêtez les violences basées sur le blasphème
Messages Bas : Liberté de religion et de conviction - Protection des minorités en Indonésie : des solutions pour les chiites de Sampang

Ces messages ont été adressés à des médias indonésiens, à des correspondants de presse français en Indonésie, ainsi qu’à différentes ONG également impliquées dans le plaidoyer autour de cette communauté.

Des démarches ont été engagées en direction des députés et sénateurs, des autorités indonésiennes en Indonésie et en France.

Si vous souhaitez vous associer à cette action : traductions de textes en indonésiens, recherche d'informations, veille médiatique, courriers etc..., nous contacter par courriel : amnesty.toulouse@gmail.com


EN SAVOIR PLUS SUR LA SITUATION DES DROITS HUMAINS EN INDONÉSIE



[1] “Nasib Ratusan Pengungsi Syiah Sampang Masih Terkatung-Katung”, Rabu, TEMPO.CO, 07/09/2016.
[2] Déclarations faites à l’occasion d’une soirée de soutien ayant regroupé plusieurs ONG indonésiennes le 21 mars dernier. http://www.voaindonesia.com/a/lima-tahun-terusir-dari-kampung-halaman-pengungsi-syiah-sampang-berharap-negra-hadir/3776761.html