jeudi 20 avril 2017

UNE MINORITE RELIGIEUSE INDONESIENNE VICTIME DE VIOLENCES, DE DISCRIMINATION, AUJOURD’HUI ‘‘REFUGIEE DANS SON PROPRE PAYS’’



LE GROUPE AMNESTY INTERNATIONAL DE TOULOUSE INTERVIENT
 


Le groupe Amnesty International de Toulouse s’est vu confiée par Amnesty International France un « dossier d’intervention » en faveur de la communauté chiite de Sampang, dans l’île de Madura, province de Java Est.

Cette communauté est victime de persécution religieuse. Elle subit des actes de harcèlement, des menaces, des agressions, des actes d'intimidation  depuis plusieurs années de la part de personnes hostiles à son courant religieux. Les agents des forces de sécurité n'interviennent généralement pas et les auteurs de ces violences sont rarement punis.



En août 2012, cette communauté a été attaquée et chassée par une foule hostile à son courant religieux : une personne a été tuée, des dizaines ont été blessées et au moins 168 personnes (56 hommes, 61 femmes, 19 enfants et 32 bébés) ont été installées temporairement dans un complexe sportif de Sampang où elles ont vécu 10 mois dans des conditions précaires. 

Le 21 juin 2013, les 168 personnes ont été déplacées et relogées de force par les autorités du district de Sampang dans un centre d'hébergement de Sidoarjo, à environ 4 heures de route.
Selon Riri Hariroh, membre de la Commission nationale du droit des femmes ayant visité le camp de Sidoarjo le 5 septembre dernier et citée par le site Tempo.co[1], ils seraient en réalité 332, vivant aujourd’hui dans des conditions d’exiguïté et d’insalubrité hautement préoccupantes. Une telle situation serait susceptible de porter atteinte à certains de leurs droits, notamment économiques, sociaux et culturels.

« Il y a 4 ans, les membres de la communauté chiite de Sampang sont devenus des réfugiés dans leur propre pays »
Riri Hariroh

Pour rappel : L’Indonésie est considérée comme le plus grand pays musulman sunnite du monde : près de 90% de ses 240 millions d’habitants pratiquent cette religion. Les confessions minoritaires (chiisme, christianisme…) ont droit de cité dans la Constitution du pays. Elles n’en sont pas moins victimes de nombreuses intimidations de la part d’extrémistes sunnites, tacitement soutenus par les autorités locales voire nationales, comme dans la récente affaire ayant vu l’actuel gouverneur de Jakarta, Ahok, accusé de blasphème quelques mois avant les élections (mars 2017) et que peu soutenu par une classe politique tétanisée par des considérations électoralistes.

« L’État ne peut se contenter de leur fournir un simple hébergement de même qu’une maigre allocation de subsistance, et continuer de penser que les chiites doivent résoudre leurs propres problèmes. C’est une manière d’appréhender la chose erronée et trompeuse. Il ne saurait en être ainsi »
Andy Irfan Junaidi, Président de l’ONG KontraS Surabaya [2]

Il est grand temps que le gouvernement Indonésien s'engage à améliorer la situation des droits humains dans le pays et mette au point une stratégie concrète afin de prévenir les violences motivées par la religion et y apporte une réponse adéquate.

Il doit entre autres protéger et renforcer le respect de la liberté de religion et d'expression et la tolérance religieuse, qui se sont nettement dégradées ces dernières années. Il doit aussi  prendre des mesures adéquates pour protéger les minorités religieuses des attaques violentes et, en cas de violence, ouvrir des enquêtes et  traduire les responsables présumés en justice. 

Le droit à la liberté de religion est garanti par la Constitution indonésienne de même que par sa charte fondatrice reprenant des principes bouddhistes de tolérance et d’harmonie : le Pencasila.  Pourtant, les gouvernements successifs n'ont pas abrogé les lois ni les décrets qui sont incompatibles avec les droits aux libertés de religion et d’expression



LE GROUPE AMNESTY INTERNATIONAL DE TOULOUSE DEMANDE :

·     - que les autorités reconnaissent que le droit constitutionnel de la communauté chiite de Sampang a été bafoué,

- qu'elles engagent une véritable consultation de la communauté déplacée sur les conditions et la durée de leur installation actuelle à Sidoarjo,

- que les membres de la communauté puissent retourner dans leur village en toute sécurité et selon leur volonté, sans aucune condition et sans être forcés de renoncer à leur croyance,

- qu'une aide leur soit apportée pour reconstruire les maisons qui avaient été détruites ou endommagées et qu'ils obtiennent réparation pour les violations subies.



Lors de leur dernière réunion mensuelle, les membres du Groupe 237 de Toulouse ont souhaité adresser un message de solidarité à la communauté déplacée et de rappeler ses revendications aux autorités indonésiennes au moyen d’une action photo.


Messages Haut : Restaurer les droits des réfugies de Sampang ! – Tolérance - Arrêtez les violences basées sur le blasphème
Messages Bas : Liberté de religion et de conviction - Protection des minorités en Indonésie : des solutions pour les chiites de Sampang

Ces messages ont été adressés à des médias indonésiens, à des correspondants de presse français en Indonésie, ainsi qu’à différentes ONG également impliquées dans le plaidoyer autour de cette communauté.

Des démarches ont été engagées en direction des députés et sénateurs, des autorités indonésiennes en Indonésie et en France.

Si vous souhaitez vous associer à cette action : traductions de textes en indonésiens, recherche d'informations, veille médiatique, courriers etc..., nous contacter par courriel : amnesty.toulouse@gmail.com


EN SAVOIR PLUS SUR LA SITUATION DES DROITS HUMAINS EN INDONÉSIE



[1] “Nasib Ratusan Pengungsi Syiah Sampang Masih Terkatung-Katung”, Rabu, TEMPO.CO, 07/09/2016.
[2] Déclarations faites à l’occasion d’une soirée de soutien ayant regroupé plusieurs ONG indonésiennes le 21 mars dernier. http://www.voaindonesia.com/a/lima-tahun-terusir-dari-kampung-halaman-pengungsi-syiah-sampang-berharap-negra-hadir/3776761.html

mercredi 12 avril 2017

ELECTIONS 2017 - LES DROITS HUMAINS NOUS PROTEGENT. PROTEGEONS-LES !



LE GROUPE AMNESTY INTERNATIONAL DE TOULOUSE SE MOBILISE
 


Les débats électoraux des prochaines semaines auront des incidences directes sur le respect et les garanties qui seront apportées à nos droits. La France fait face à des défis réels en matière de sécurité, d’accueil des réfugiés ou de crise économique. Mais au lieu d’y répondre de manière responsable, de nombreux responsables politiques adoptent une rhétorique de la peur et du rejet de l’autre, stigmatisant et attaquant les droits de groupes entiers de la population. Ils ont parallèlement poussé à l’adoption de mesures d’exception, fragilisant durablement les droits humains de tous.

Des attaques, longtemps cantonnées à certaines sphères, se sont progressivement répandues de manière inédite et totalement décomplexées. Les votes répétés et quasi-unanimes des parlementaires pour prolonger l’état d’urgence incarnent cette dérive. Ses résultats sont contestés et ses dérives confirmées, mais les élus le maintiennent au risque d’affaiblir durablement à l’état de droit. 

Ce contexte entraîne des remises en cause inédites de droits essentiels au motif que la France ne pourrait voire ne devrait plus les assurer.
 
Le préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen énonce « que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements ». La remise en cause de ces droits s’attaque à nos valeurs, notre histoire, et nos engagements internationaux, alors qu’ils constituent la clé de voûte d’une société qui garantit la sécurité et la dignité de tous. 

Une société qui s’en prend aux droits de certaines catégories de la population, pour ce qu’elles sont ou pour ce qu’elles expriment s’en prend aux valeurs qui la fondent. Et c’est la « patrie des droits de l’Homme » qui se livre à ce dangereux exercice.

ENGAGER LES CANDIDATS

Le 14 février 2017, nous avons lancé un appel aux candidats à s’engager sur dix points essentiels relatifs aux droits humains en France. Le respect des libertés individuelles et l’accueil des réfugiés font l’objet d’une attention très spécifique. Nous leur demandons des engagements fermes et publics. Nous publierons ces engagements, ainsi qu’un comparatif de leurs programmes, pour analyser l’impact de leurs propositions sur les droits humains. 


Partout en France, et via notre réseau militant, nous allons mener des actions de sensibilisation (distribution de cartes à signer et distribution d'un petit guide « Info ou intox ? »), afin de donner à chacun la possibilité de comprendre les dangers qui nous guettent, comme les solutions respectueuses des droits humains qui peuvent y être apportées.

Le groupe Amnesty International de Toulouse se mobilise pour informer le public des enjeux de cette période électorale :
 
A l’occasion du défilé de la Fête du travail, le 1er mai.
·        -  Le mercredi 3 mai à partir de 11 heures sur le marché Cristal (métro Jeanne d’Arc, ligne B)

·        Des contacts seront pris avec les candidats aux législatives des 11 et 18 juin, lorsqu’ils seront connus, aussitôt après l’élection présidentielle.

Le respect des droits humains de tous est la condition d’une société juste, libre, dans laquelle chacun peut vivre en sécurité et dans le respect de sa dignité. Les droits humains ne sont pas le problème, ils font partie de la solution.


AGIR : SIGNEZ NOTRE PÉTITION
  

  
Cet appel sera remis au futur président de la République française.

samedi 8 avril 2017

ATTAQUE CHIMIQUE EN SYRIE






Le 4 avril, un agent neurotoxique de type gaz sarin a été lâché lors d'un raid aérien sur la ville de Khan Sheikoun, dans la province d’Idlib

Nous avons authentifié et analysé des dizaines de vidéos enregistrées sur le site de l'attaque.

L’attaque du 4 avril est l'attaque chimique la plus meurtrière enregistrée depuis l'adoption par le Conseil de sécurité en septembre 2013 de la Résolution 2118 pour l'élimination des armes chimiques en Syrie. Elle fait suite à l'utilisation d'autres armes chimiques et à de nombreux crimes de guerre commis au moyen d'armes classiques.

PREUVES PAR VIDÉO

Un grand nombre des victimes de cette attaque, qui a eu lieu vers 6 h 30 heure locale mardi 4 avril, ont manifestement été empoisonnées alors qu'elles dormaient dans leur lit. Des experts en armes chimiques qui collaborent avec nos chercheurs ont confirmé que les victimes ont très vraisemblablement été exposées à un agent neurotoxique, ou à un composé organophosphoré tel que le sarin.

Nous avons également été en mesure d'authentifier plus de 25 enregistrements vidéo réalisés immédiatement après l'attaque à l'arme chimique. Les victimes ont les pupilles très contractées, ce qui est considéré comme un symptôme classique d'un empoisonnement par des produits neurotoxiques.

Dans une vidéo que nous avons pu corroborer à l'aide d'autres contenus disponibles, on voit les corps sans vie de neuf enfants étendus à l'arrière d'une camionnette de type pick-up. Ces enfants, des petites filles et des petits garçons, sont nus ou partiellement habillés ; ils sont manifestement morts dans leur lit. Leurs corps ne présentent aucun signe de traumatisme, ce qui correspond à un empoisonnement avec des substances chimiques.

Dans d'autres vidéos enregistrées dans des centres médicaux peu après l'attaque, on voit de nombreuses personnes être soignées pour des troubles respiratoires, ainsi que des images d'enfants et d'adultes décédés. On ne voit aucun signe manifeste de lésions sanglantes ou de blessures causées par des éclats d'obus.





« LES ENFANTS MOURAIENT PLUS VITE QUE LES ADULTES »

Nous avons interrogé un infirmier qui travaillait à l'hôpital d'Al Rahma le matin où l'attaque a eu lieu. Il se souvient avoir regardé sa montre à 6 h 20 du matin alors qu'il prenait son café et que tout avait été calme jusque-là.

« Le bruit de l'explosion était différent de d'habitude : avec mes collègues on a pensé que celle-ci n'avait pas explosé»


Un infirmier à l'hôpital d'Al Rahma

L'infirmier a également décrit des signes inhabituels : « L'odeur est arrivée jusqu'à nous, ici dans le centre ; ça sentait la nourriture pourrie. Nous avons par le passé reçu des victimes d'attaques au chlore, mais là c'était complètement différent. Les victimes avaient vomi par le nez et par la bouche, c'était jaune foncé, et parfois ça virait au marron. Les fonctions respiratoires étaient paralysées, et les enfants mouraient plus vite que les adultes à cause de cela. Nous avons essayé de leur faire des injections […] mais ça n'a pas marché. Les victimes n'arrivaient pas à avaler, elles avaient perdu connaissance, elles ne réagissaient pas du tout. »

« Les victimes ont été amenées dans les hôpitaux les plus proches, et quand elles sont arrivées (…) des sécrétions blanches leur sortaient de la bouche et du nez. Certaines avaient totalement perdu connaissance. D'autres souffraient de graves douleurs musculaires. Les enfants sont morts en premier »

Un médecin qui travaille dans un hôpital à une cinquantaine de kilomètres du site de l'attaque.

PROTÉGER LA POPULATION DE TOUTE URGENCE

L'utilisation d'armes chimiques est strictement interdite par le droit international humanitaire et elle constitue un crime de guerre

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques et les Nations unies ont conjointement confirmé que depuis 2013, plusieurs attaques ont été commises avec des armes chimiques, autant par les forces gouvernementales que par des forces non gouvernementales.

PERSONNE N'A ÉTÉ DÉFÉRÉ A LA JUSTICE.

En février 2017, la Russie et la Chine ont opposé leur véto à un projet de résolution du Conseil de sécurité visant à prendre des mesures au titre du chapitre VII de la Charte des Nations unies en cas de « transfert ou de tout emploi non autorisés d’armes chimiques par quiconque en République arabe syrienne ».

Nous avons appelé à de nombreuses reprises le Conseil de sécurité des Nations unies à mettre fin au cycle de l'impunité et à saisir le procureur de la Cour pénale internationale de la situation en Syrie. Des mesures visant à faire respecter la justice et l'obligation de rendre des comptes doivent être prises en toute urgence.
Carte blanche pour les responsables ?

Les éléments de preuve réunis indiquent qu'un agent neurotoxique a été utilisé pour mener une attaque chimique aérienne qui a tué plus de 70 personnes et blessé plusieurs centaines de civils à Khan Sheikhoun, une petite ville située dans la province rurale d'Idlib, qui est l'une des rares régions du nord-est de la Syrie se trouvant toujours sous le contrôle de l'opposition. Ces derniers mois, la province d'Idlib est devenue un point de rassemblement pour les personnes fuyant les violences à Alep et ailleurs.

Le Conseil de sécurité de l'ONU tenait une réunion d'urgence à New York dans la matinée du 5 avril, mais le vote a été reporté en raison de la réticence russe concernant le texte de la proposition de résolution proposé.

Le Conseil de sécurité doit adopter immédiatement une résolution permettant d'appliquer l'interdiction des attaques avec des armes chimiques, et de faciliter la traduction en justice des auteurs de ces crimes.

Les membres du Conseil de sécurité, en particulier la Russie et la Chine, ont fait preuve de mépris à l'égard des vies humaines en Syrie en s'abstenant à plusieurs reprises d'adopter des résolutions qui auraient permis de prendre des sanctions contre ceux qui commettent des crimes de guerre et d'autres graves violations dans ce pays.

Le Conseil de sécurité doit immédiatement voter en faveur d'une enquête sur cette attaque et contribuer à ce que les responsables soient déférés à la justice. S'il ne le fait pas, cela aura des conséquences catastrophiques, notamment parce que les gouvernements et les groupes armés en Syrie hésiteront encore moins à commettre des crimes de guerre contre les civils en utilisant des armes interdites ou classiques.

AGIR

PAS D’IMPUNITÉ POUR LES CRIMES EN SYRIE

Refusons que les crimes commis en Syrie restent impunis



THÉMATIQUE ASSOCIÉE